Histoire du Poitou
CUTUNDA

La glorieuse bataille de Cutunda


     

Au début du XIIe siècle, le Poitou et l'Aquitaine sont en paix. Le comte Guillaume VII gère ses possessions et les conflits internes avec brio. Mais, en pleines démêlées avec l'Eglise, il lui faut restaurer son image de Chrétien, d'autant que les Musulmans sont toujours en Espagne et qu'ils harcèlent les Chrétiens en Asie-Mineur. Les troupes poitevines en ont d'ailleurs payé un lourd tribu lors d'une croisade qui s'est soldée par le massacre des troupes à Taurus, en Anatolie.

L'appel aragonais. Guillaume se prépare donc pour aller en Espagne, où la conjoncture est toujours préoccupante. Alphonse le Batailleur et ses Aragonais, depuis la prise de Sarragosse, remontent le cours du Rio Huerva et s'emparent de Daroca, point stratégique qui, entre les Monts ibériques est le passage obligé entre l'Aragon et ce qui deviendra la province de Valence. Les Maures ne peuvent laisser cette place primordiale dans l'échiquier hispanique, aux mains de leurs ennemis, et font converger toutes leurs armées vers la ville de Daroca.

Les Aragonais demandent de l'aide. Le comte de Poitou répond immédiatement, et au début du mois de mai 1120, il franchit les Pyrénées, à la tête d'un ost de six cent chevaliers (ce qui équivaut à une armée de trois mille hommes). Guillaume arrive à Daroca où il retrouve le roi d'Aragon en train de mettre en défense la ville. Ses espions lui ont appris que l'ennemi approche avec une armée considérable. Les princes Chrétiens tiennent conseil mais ne tombent pas d'accord sur la stratégie à adopter. Alphonse préconise la défense de la ville, alors que Guillaume est pour l'offensive. Un accord est trouvé, Guillaume ira seul avec ses poitevins, attaquer les armées sarrasines et Alphonse défendra la ville. C'est une solution des plus périlleuses, car elle divise les troupes Chrétiennes, mais a l'avantage d'éliminer le problème du commandement.

Guillaume part donc au devant de la formidable armada mahometane, à travers un paysage désolé, sévère, rocailleux où quelques arbustres rabougris ont du mal à s'accrocher. Le sentier s'encaisse parfois dans de profondes vallées étroites, où il ne serait pas bon de se faire surprendre par l'ennemi. Au bout de cinq lieues, les poitevins arrivent au confluent du Jiloca et du rio Pancludo. L'espace est plat et large. Des collines descendent en pente douce, ce qui est idéal pour l'utilisaton de la cavalerie, puis remontent sur un petit vallon vers le village de Cutunda. Le comte de Poitou décide d'en faire le centre de son dispositif, et d'y tendre une embuscade à l'armée ennemie.

En quelques jours, Guillaume et les siens reconnaissent le terrain, occupent les villages avoisinants, afin que nul ne puisse prévenir les sarrasins. Le silence des habitants de ces régions arides, n'est pas difficile à obtenir, car ce sont des Chrétiens, qui ne voyent dans cette bataille qu'une occasion de pillage dont ils seront les victimes. Les espions Chrétiens informent en permanence le comte de Poitou, des mouvements des Sarrasins. Enfin, le 17 mai l'ennemi arrive.

L'Emir qui commande l'armée choisit cette petite plaine entre les deux rivières pour y rassembler ses troupes, avant de s'engager dans le défilé rocheux et montagneux, au-delà duquel il pense trouver les troupes aragonaises. Durant toute la journée, les troupes sarrasines arrivent et installent leur campements. Les différents contingents se succèdent de façon interminable, tant et si bien que les Poitevins silencieux, cachés dans Cutunda, commencent à s'inquiéter en voyant le nombre de guerriers Maures. Enfin, la nuit arrive et les feux sont allumés dans le camp sarrasin.

Aux premiers rayons de soleil, Guillaume donne le signal de l'attaque : " Dieu le veut ! ". La surprise est complète, la cavalerie poitevine charge sur la ville de tentes qui s'éveille à peine. L'ennemi disséminé n'a pas le temps de se reprendre, les poitevins frappent tant que leur bras le peuvent. Les musulmans qui essayent de résister derrière une barrière de charriots disposés en cercle, sont complètement anéantis, les uns après les autres. Les troupes poitevines à pied, achèvent le travail derrière la cavalerie. Certains se battront jusqu'au soir sans espoir. Finalement, les Maures qui étaient plus nombreux, sont massacrés ou fait prisonniers. La victoire est totale. La Chronique de St-Maixent fait part de quinze mille hommes tués. Seuls quelques fuyards parviennent à s'échapper à cheval. La grande armée musulmanne est détruite, le pillage commence.

Les tentes de l'Emir sont saccagées, les coffres éventrés, le butin est énorme ! Le comte laisse ses hommes ramasser or, pierres et soieries délicates. Il a remarqué un énorme vase en forme de goutte taillé dans un bloc de cristal de roche. Il mesure environ un pied et sa taille en fait sa rareté. Guillaume est frappé par la beauté de cette oeuvre, provenant de l'Orient. Ce vase deviendra le symbole de la puissance poitevine et sera transmit de comte-duc en comte-duc, jusqu'à Alienor. Cette dernière l'offrira à Louis VII lors de leur mariage en signe d'Allégeance. Après leur divorce, Louis VII le gardera et en fera dont à l'abbé Suger, qui y ajoutera un cercle en cor, incrusté de pierres précieuses et un pied en or dans lequel est gravé l'origine. L'objet est actuellement visible au Musee du Louvre. Mais qui sait que cet objet vient de la tente d'un ennemi vaincu par le comte de Poitou, lors de la bataille de Cutunda ?

La longue caravanne porteuse des dépouilles de l'armée vaincue, augmentée de deux mille chameaux, bélier, mulets, suit l'ost victorieux. Le retour en Aquitaine est une marche triomphale. En quelques semaines, Guillaume est devenu le héros du monde Chrétien. On lui pardonne tout, la malheureuse croisade de Taurus, on oublie son excommunication et sa vie scandaleuse. L'Eglise elle-même lui tresse des lauriers. En Espagne, cette victoire marque un tournant irréversible de la Reconquista. Plus jamais un cavalier arabe ne foulera la vallée de l'Ebre. Dans le monde musulman, pendant plus de trois siècle, le nom de "Cutunda" deviendra le synonyme de "catastrophe". retour.

         

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