Origines des armoiries de la ville de Nice et de son comté : pour comprendre l'origine des armes de Nice, il convient de rappeler le statut féodal de la ville de Nice à l’apparition de ses armoiries. L’opinion la plus répandue consiste à ce que l’aigle viendrait de la Dédition à la Savoie en 1388, par le Comte Rouge, vicaire de l’Empire. Pour que cette thèse soit crédible, il faudrait que la Ville de Nice n’eût pas utilisé d’armoiries avant 1388. Or, ce n’est pas le cas. Il apparait que la ville de Nice possède des armoiries dès le commencement de l’héraldique municipale (c-à-d le XIIe siècle), et le choix de ses éléments a du répondre aux critères généraux de cette époque. Les premières armoiries de Nice connues datent d'avant 1326.
La Ville de Nice, avant 1388, est une possession des comtes de Provence, dont les armoiries sont l’écu de France brisé du lambel de gueules des Anjou. Nice, terre d’Empire, dans le royaume de Bourgogne-Provence, dans le domaine des comtes de Provence, fait partie de l’héritage de Douce qui l’apporte à la maison de Barcelone en épousant le comte Raimond-Béranger III, le 3 février 1112. Le 31 janvier 1246, Béatrix, héritière de la Provence, épouse Charles d’Anjou. La maison d’Anjou va présider aux destinées de Nice jusqu’à la Dédition à la Savoie, en 1388. A cette époque où les Guelfes et les Gibelins s'affrontent, les villes d'Empire du pourtour méditerranéen, choisissent comme emblème une croix, et non une aigle qui est emblématique du parti des Gibelins, ennemi du comte de Provence et de Nice. La maison d'Anjou tient ses souverainetés méditerranéennes du parti Guelfe auquel elle appartient. L'aigle de Nice n'a donc pas pour origine, comme il est courant de le lire, l'aigle impériale, le parti impérial Guelfe ayant pour emblème un lion (voire une croix en Méditerranée).
Le pape Urbain IV investit le comte de Provence du prestigieux royaume de Sicile. En 1265, Charles Ier d’Anjou le prend par les armes sur Conradin. En 1302, Charles II d’Anjou abandonne ses droits à Frédéric II d’Aragon. Les armes du royaume de Sicile-Aragon sont écartelé en sautoir, aux I et IV, d’or aux quatre pals de gueules (Aragon) ; aux II et III d’argent à l’aile de sable, au vol abaissé, membrée, armée, becquée et languée de gueules (Hohenstaufen). L’aigle au vol abaissé pourrait être empruntée, par les Niçois, aux armes du royaume de Sicile, en vue de rendre un hommage particulier au titre royal de leur suzerain direct, le comte de Provence de la maison d’Anjou. Ce choix intervint au moment de la réconciliation des maisons d’Anjou et d’Aragon autour du royaume de Sicile, par le mariage d’Eléonore d’Anjou et de Frédéric d’Aragon. Seuls Nice et le Royaume de Sicile possèdent des aigles au vol abaissé. Mais l'aigle sicilienne est noire (de sable) et l'aigle niçoise rouge (de gueules). Le sceau le plus ancien de la ville de Nice, sur l’acte de mai 1464, figure une aigle au vol abaissé. L'aigle de Nice est toujours représenté "au vol abaissé".
Il n'est pas impossible, que Nice ait souhaité se singulariser de Marseille et de Toulon (qui portent des croix), en choisissant une aigle, et de se différencier des aigles d'Empire noires, en choisissant une aigle rouge. Ce choix indique clairement que l'aigle n'est pas impériale, qu'il s'agit de la couleur de la brisure angevine ou de la couleur de la maison de Savoie, si cette couleur n'apparait qu'après la Dédition à la Savoie. Elle serait un acte de foi à l’égard du nouveau seigneur, vicaire de l’Empereur, sous la protection duquel les Niçois se placèrent pour échapper aux luttes intestines de la succession de la maison d’Anjou. Lorsque l’artiste peint l’aigle niçoise sur les Statuta Ducalia Sabaudie, charte sur parchemin, datée de 1431, il prend pour modèle l’aigle qui est gravée sur le sceau de la Ville, dont nous n’avons connaissance que par l’acte de 1469.
Une couronne comtale est ajoutée à l'aigle pour signifier qu'il s'agit d'un comté. L’aigle de Nice est posée sur une montagne baignée par la mer. La montage évoque Nice et son comté, et serait une allusion à l'ancien nom du Comté de Nice, de la province romaine Alpes Maritimae (ou "Alpes-Maritimes"). Les consuls niçois, héritiers de la culture latine, lorsqu’ils ont dû choisir des armoiries, ont tout naturellement posé l’aigle romaine sur des Alpes maritimes. Nice, avec son aigle, se singularise des villes voisines françaises ou italiennes, qui portent toutes une croix. |