Poitou-Charentes

POITOU-CHARENTES

Petite histoire du drapeau du Poitou-Charentes.


  Drapeau du Poitou-Charentes



Les origines  

Le Poitou n'avait pas de drapeau jusqu'en 1993. Il était d'usage de s'en remettre aux fabricants de drapeaux, qui se contentaient d'étendre les armoiries attribuées par la Commission des Sceaux en 1943 sur une étoffe, pour faire un drapeau poitevin. Or il est apparu que le Poitou, au cours de son histoire, a utilisé une bannière et des armes qui lui étaient bien particulières. Il devenait donc primordial de faire connaître et de redonner au Poitou ses vraies armes traditionnelles, ses vrais éléments emblèmatiques et un vrai drapeau digne de ce nom, très simple et accessible à tous.

Pour une région historique, plus qu'un logo évolutif en fonction des modes et des politiques, le drapeau est une véritable carte d'identité qui s'inscrit dans la continuité, qui est héritier de son histoire, qui accompagne son présent et qui reste une valeur sûre pour son avenir. Tout le monde connaît aujourd'hui les drapeaux des régions qui défendent fortement leur identité (comme le drapeau breton), car ils sont les éléments témoins de leur dynamisme régional.




Les éléments du drapeau du Poitou-Charentes

Couleurs carolingiennes

Banniere du Poitou

Banniere du Poitou

 

La glorieuse histoire des comtes-ducs de Poitou n'a pas donné naissance à de quelconques symboles ni pour la province, ni pour la maison de Poitou, car ils vécurent durant une période pré-héraldique. L'héritère, Alienor comtesse de Poitou, épouse Henri Plantagenêt en 1152. En cette période naissante de l'héraldique les Plantagenêt utilisent plusieurs lions dans leurs armes. Henri II fait son frère Guillaume Fitzempress, comte de Poitou. Guillaume utilise certainement les couleurs carolingiennes (blanc et rouge) pour assoir sa légitimité et prend pour la première fois un blason particulier montrant un lion rampant [1].

Richard Coeur-de-Lion, fils d'Alienor, devient comte de Poitou et en tant que tel, reprend les armes de son oncle, déjà associées à notre province. Richard fait un très grand usage de ces armes en tant que comte de Poitou [2], avant d'être roi d'Angleterre. Puis, le comté de Poitou passe à son neveu Othon IV de Brunswick. Othon reprend le sceau de Richard Coeur-de-Lion, comte de Poitou, le sceau au lion rampant [3].

Après Othon, c'est Richard de Cornouailles qui est fait comte de Poitou. Richard reprend les armes du Poitou au lion rampant, augmentées des besants de Cornouailles [4] (fig. I). Si l'emblème poitevin est maintenant parfaitement connu, les sceaux étant monochromes, nous ne connaissions pas les couleurs des armes poitevines. Ce sera grâce à Richard, que ces couleurs vont nous être dévoilées. Richard fera de très nombreuses représentations de ses armoiries (peintures, vitraux, sculptures, etc... ) et elles seront enregistrées dans de nombreux rôles d'armes et clairement définies :
d'argent au lion de gueules à la bordure de sable besantée d'or [5]
(lion rouge sur fond blanc et bordure noire besantée).

Les comtes de Poitou de la maison de Poitou porteront ces armes jusqu'à leur extinction en 1300.

Depuis 1241, le comté de Poitou avait été donné en apanage à Alphonse, par Saint-Louis son frère. Les Plantagenêt ne reconnurent pas cette confiscation et au cours d'une bataille pour sa reconquête (la bataille de Taillebourg en 1242), les emblèmes du Poitou eurent véritablement avoir un rôle historique de premier plan, révélant l'importance du lion en tant qu'emblème de fief du Poitou.




Les premiers drapeaux

Banniere du Poitou

Banniere du Poitou

 

Plus exactement les premières bannières représentatives du Poitou et de l'autorité sur le Poitou datent de cette période du début du XIIIe siècle. Ce sont les bannières du Poitou-Charentes avant l'heure puisque ce "Poitou" veut dire systématiquement "Poitou-Aunis-Saintonge".

La Bataille de Taillebourg
En mai 1242, Richard comte de Poitou et son frère le roi d'Angleterre débarquent à Royan à la tête d'une armée anglaise, faisant la jonction avec les troupes poitevines. Le roi de France et son frère Alphonse marchent vers Taillebourg où les deux armées vont se rencontrer. Les bannières du Poitou (au lion rampant) flottent dans les deux camps, du côté de Richard car ce sont ses armes personnelles et les armes de fief du Poitou et du côté d'Alphonse, car il a fait lever la bannière au lion par le vicomte de Chatellerault, pour justifier ses prétentions. Au cours de la bataille, des soldats anglais vont se ranger à la mauvaise bannière et seront capturés donnant la victoire à Alphonse.

C'est ce premier drapeau du Poitou reconnu comme tel, qui sera toujours utilisé par la suite pour lever les troupes poitevines et derrière lequel les chevaliers poitevins se rangeront durant les tournois tout au long du Moyen-Age. C'est également derrière ce drapeau que se rangeront les milices communales poitevines [6].




Les drapeaux hasardeux

Alphonse de Poitiers

 

Pourquoi alors, les armes d'Alphonse et les tours seront parfois utilisées pour présenter le Poitou ? Alphonse a été fait comte apanagiste de Poitou en 1241. Fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, il reprend dans ses armes les armes de son père brisées de celles de sa mère : Parti de France et de Castille. Alias, parti au I d'azur semé de fleurs-de-lys d'or, au II de gueules semé de châteaux d'or. Ces armes étaient les armes personnelles d'Alphonse, construites selon la même logique que celles de ses frères (Artois et Anjou) (fig. II), avec les mêmes figures (lys de France et châteux de Castille) où seule la partition de l'écu diffère. Ces armes personnelles ne furent jamais les armes de fief du Poitou et elles disparurent avec Alphonse, mort sans postérité. Elles avaient pour fonction de rappeller leur possible prétention sur la France et sur la Castille. Donc rien de Poitou, ni de Saintonge, ni d'Aunis dans ces emblèmes.

Ponctuellement, de la Renaissance jusqu'au XIXe siècle, quelques érudits ont cru voir dans les armes d'Alphonse les antiques armes du Poitou et reprirent pour la province, au gré de leur fantaisie, soit six tours, soit cinq (en chevron ou en sautoir), soit trois, soit une tour. La Commission des Sceaux de 1943, attribue à la province cinq châteaux d'or sur fond rouge (de gueules à cinq châteaux d'or posés II, I, II).

Quelques années après la guerre, dans les années cinquante, Paul Adam Even, le plus grand spécialiste d'héraldique européenne, dénonce ce choix et réhabilite le lion poitevin [7]. Dans les années quatre-vingt, les fabricants de drapeaux reprennent les travaux de la Commission des Sceaux de 1943 pour créer les drapeaux des provinces à des fins commerciales. Ils étalent donc les armes de la commission sur toute une étoffe, pour en faire les drapeaux des provinces. Pour le poitou, il créeront une étoffe chargée des châteaux castillans. Le manque d'enthousiasme populaire à l'égard de cette étoffe peut s'expliquer par le fait qu'elle ne reprend aucun symbole poitevin. Les Poitevins et les Picto-Charentais ne peuvent se reconnaître dans les éléments emblématiques d'une autre province (les châteaux appartiennent à, et représentent, la Castille). Le lion du Poitou, le glorieux lion poitevin, est le seul véritable emblème et symbole de nos provinces et de la passionnante histoire mediévale du Poitou et des Charentes. C'est en s'inscrivant dans cette continuité historique et de coeur que dans les années quatre-vingt-dix, le drapeau au lion est sorti de l'oubli le drapeau au lion pour notre Poitou historique.




Construction du drapeau poitevin

Banniere du Poitou

Banniere du Poitou

 

L'unité de nos départements étant essentielle dans l'existence même de notre dynamique régionale et dans celle des emblèmes poitevins comme le drapeau, ce dernier se devait d'évoquer l'union du Bas-Poitou et du Haut-Poitou, mais aussi de l'Aunis, de la Saintonge et de l'Angoumois. Il était cependant important de ne pas ajouter de symboles liés à une partie ou une autre du Poitou, ni de donner préséance à aucun département, le drapeau devant rester simple et fédérateur de tous les Picto-Charentais. C'est tout simplement en reprenant cette antique bannière du Poitou et ses couleurs que l'unité sera évoquée, le Bas-Poitou, terre granitique, sera figuré par la bande noire, le Haut-Poitou, terre calcaire, par la bande blanche. Le lion représente le Poitou et les Charentes. Ainsi se retrouvent ensemble, l'histoire, les hommes et les sols du "Poitou-Charentes-Vendée" d'aujourd'hui. Ainsi renaît l'emblème fort de notre dynamisme régional.

Depuis sa (re-)création, le drapeau du Poitou connaît un véritable succès populaire, sa demande fut si pressente, qu'en 1997 une association, la Société Vexillologique de l'Ouest, est née pour aider à la promotion du drapeau poitevin et qu'en 1999 une première souscription a été organisée. Il faut cent personnes par souscription, nous en sommes aujourd'hui à la septième souscription. Le drapeau au lion a véritablement été plébiscité dans la région, en Vendée, en France et à l'étranger, par les particuliers, certaines entreprises et collectivités. Il est visible sur des monuments historiques (châteaux, demeures, ...) et largement bien accueilli par les associations scientifiques et culturelles picto-charentaises. L'association travaille toujours a la diffusion du drapeau et à sa reconnaissance par la région Poitou-Charentes (durant son existence), comme la région Bretagne a fait avec le drapeau breton (gwenn-ha-du) reconnu officiellement par délibération, à flotter devant les bâtiments du Conseil Régional. Nous aurions aimé que la région Poitou-Charentes ne disparaisse pas et qu'elle s'engage elle aussi, de la même façon, avec ce symbole fort de l'identité régionale du Poitou-Charentes, dynamisant par ses éléments, sa forme, sécurisant par son ancienneté, sa légitimité, et plaisant par sa réussite graphique.




   

Notes
1 - Guillaume Fitzempress, comte de Poitou montre un sceau au lion rampant sur écu et carapaçon.
2 - Richard Coeur-de-Lion comte de Poitou montre un sceau au lion rampant sur écu.
3 - Communication de M. Arnt - Der Herolds Ausschuss Der Deutchen Wappenrolle.
4 - La Cornouailles britannique porte un écu de sable à quinze besants d'or (noir chargé de quinze besants or). La Cornouailles britannique s'écrit avec un "s" final. La Cornouaille française est au singulier. Il est également d'usage d'écrire "Cornwall" pour la Cornouailles britannique.
5 - Historia Anglorum c.1250 - Glover's Roll c.1255 - Ref. Lettre B - N°225 - CEMRA - The Heraldry Society of Scotland. Herald's Roll c.1270 - Segar's Roll 1282 - Guillim's Roll 1295 - Parliamentary Roll 1312.
6 - Les armes de la ville (commune) de Poitiers trouvent ici leurs origines.
7 - Armoiries des Comtes de Poitiers, leur groupe héraldique - Paul Adam Even - Revue Française d'Heraldique et de Sigillographie.

Résumé de l'article paru dans le Journal des Vendéens de Paris - mars 2005 - modifié en 2017.


 

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